Livre pour enfant noir : comment choisir, et par quoi commencer selon l'âge

Un enfant qui ne se voit jamais dans les livres qu'on lui lit finit par croire que les histoires, ce n'est pas pour lui. Ce n'est pas une intuition de parent : c'est le point de départ de tout le travail sur la représentation en littérature jeunesse.

Je suis Hashley Auguste, autrice et fondatrice de Little Happy. J'écris des livres pour enfants noirs et métis depuis 2018. Voici comment je choisirais un livre si j'étais à ta place, et par quoi je commencerais selon l'âge de ton enfant.

Livre miroir, livre fenêtre : la seule distinction utile

L'universitaire américaine Rudine Sims Bishop a proposé en 1990 une image devenue une référence : les livres sont des miroirs, des fenêtres et des portes coulissantes.

  • Un miroir renvoie à l'enfant sa propre vie : sa peau, ses cheveux, sa famille, sa cuisine, son quartier.
  • Une fenêtre lui montre la vie des autres.
  • Une porte coulissante le fait entrer dans ce monde et le vivre de l'intérieur.

La littérature jeunesse française offre beaucoup de fenêtres et très peu de miroirs aux enfants noirs. C'est ce déséquilibre qu'il faut corriger à la maison, pas remplacer par l'inverse. Ton enfant a besoin des deux.

Les 5 questions à se poser devant un livre

1. Le personnage noir est-il le héros, ou le copain du héros ?

C'est le test le plus rapide. Un enfant noir en arrière-plan d'une classe multicolore, ce n'est pas de la représentation, c'est du décor. Regarde qui décide, qui parle, qui résout le problème.

2. L'histoire parle-t-elle d'autre chose que du racisme ?

Les livres sur l'esclavage, la ségrégation ou les discriminations sont nécessaires. Mais si les seuls livres où ton enfant se voit sont des livres où on le maltraite, le message qu'il reçoit est que sa vie est un problème. Il lui faut aussi des histoires où un enfant noir fait du vélo, se dispute avec son frère, rêve d'être vétérinaire.

3. Les cheveux sont-ils dessinés ou juste suggérés ?

Un détail qui en dit long sur le sérieux de l'illustration. Des cheveux afro dessinés comme une masse ronde uniforme, sans coiffure identifiable, trahissent souvent un travail fait de loin.

4. Le texte est-il à la hauteur de l'âge annoncé ?

Beaucoup de livres militants sont écrits pour les parents et vendus pour les enfants. Lis une page à voix haute : si tu dois expliquer trois mots par phrase, l'âge indiqué est faux.

5. Qui l'a écrit ?

Ce n'est pas un critère absolu, mais un auteur qui a vécu la chose écrit rarement les mêmes scènes que quelqu'un qui l'a documentée.

Par quoi commencer selon l'âge

3 à 6 ans : nommer et reconnaître

À cet âge, l'enfant ne raisonne pas encore sur l'identité. Il enregistre des images. L'objectif est simple : que des visages noirs et des cheveux afro soient partout dans sa bibliothèque, sans commentaire.

Les imagiers font très bien ce travail parce qu'ils sont relus cent fois. Nos imagiers Little Nappy (alphabet, chiffres, couleurs, animaux) sont en français, illustrés avec des enfants noirs, et se lisent dès 3 ans.

Pour les histoires du soir, Parce que tu es unique propose cinq récits courts dès 4 ans. Et Ma mélanine à moi, dès 5 ans, aborde le colorisme — c'est-à-dire la hiérarchie entre peaux claires et peaux foncées à l'intérieur même des communautés noires — avec des mots d'enfant.

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6 à 12 ans : comprendre et argumenter

À partir de 6 ans, l'enfant se compare. C'est l'âge des remarques dans la cour de récréation, et l'âge où un livre peut lui donner une réponse qu'il n'avait pas.

C'est exactement pour ce moment que j'ai écrit la trilogie :

Pour l'orientation et les modèles, Quand je serai grande et Quand je serai grand associent chacun treize métiers à treize coiffures afro. Pour les familles métisses, Malik et Léa dès 4 ans, et Les richesses de mon métissage dès 7 ans.

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Quand l'enfant ne veut pas lire

Certains enfants bloquent sur le livre-objet. Là, il faut passer par autre chose : le livre sonore à six chansons (français et anglais, dès 3 ans), les coloriages, ou les cahiers d'activités. Le contenu passe pareil, par la main plutôt que par l'œil.

Combien de livres faut-il ?

Moins qu'on ne croit. Trois ou quatre livres miroirs relus souvent font plus qu'une bibliothèque de vingt titres feuilletés une fois. La répétition est ce qui inscrit.

Un repère simple : si tu regardes l'étagère de ton enfant et que tu comptes plus de dix couvertures sans un seul visage noir, c'est là qu'il faut agir.

Questions fréquentes

Faut-il des livres en anglais ?

Pas nécessairement. L'offre anglophone est beaucoup plus fournie, mais un enfant français a besoin d'entendre son histoire dans sa langue. Nos tomes 1, 2 et 3 sont bilingues français-anglais : le texte anglais est là en plus, pas à la place.

Mon enfant est métis, ces livres le concernent-ils ?

Oui, et deux titres traitent spécifiquement du métissage : Malik et Léa et Les richesses de mon métissage. Un enfant métis se pose souvent des questions que les autres ne se posent pas — l'appartenance, le regard des deux côtés de la famille.

Et si mon enfant est le seul enfant noir de sa classe ?

C'est le cas où les livres miroirs comptent le plus. Ils lui donnent une communauté qu'il n'a pas dans la cour, et un vocabulaire pour dire ce qui lui arrive.

Ces livres existent-ils en bibliothèque ?

De plus en plus. Si ta médiathèque n'en a pas, tu peux faire une demande d'acquisition : c'est gratuit, c'est un droit, et les bibliothécaires y répondent souvent favorablement.


Hashley Auguste est autrice et fondatrice de Little Happy, marque française indépendante créée en 2018.

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