Représentation positive : pourquoi un enfant noir ou métis a besoin de se voir dans ses livres et ses jouets

Fais un test ce soir. Prends l'étagère de ton enfant et compte les couvertures. Combien montrent un visage noir ou métis ? Fais pareil avec ses jouets, avec les dessins animés qu'il regarde.

Si tu arrives à zéro, ou presque, ce n'est pas ta faute : c'est l'offre. Mais ce n'est pas neutre non plus.

Miroirs, fenêtres et portes coulissantes

En 1990, l'universitaire américaine Rudine Sims Bishop a proposé une image devenue une référence en littérature jeunesse. Les livres, dit-elle, sont trois choses :

  • des miroirs, qui renvoient à l'enfant sa propre vie : sa peau, ses cheveux, sa famille, sa cuisine ;
  • des fenêtres, qui lui montrent la vie des autres ;
  • des portes coulissantes, qui le font entrer dans ce monde et le vivre de l'intérieur.

Un enfant a besoin des trois. Le problème, en France, c'est que les enfants noirs et métis reçoivent presque uniquement des fenêtres.

Ce que ça produit, concrètement

Le sujet est documenté depuis longtemps. Dans les années 1940, les psychologues Kenneth et Mamie Clark ont mené aux États-Unis une série d'expériences connues sous le nom de doll tests : on demandait à des enfants noirs de choisir entre des poupées de couleurs différentes et d'attribuer des qualités à chacune. Une majorité attribuait les qualités positives à la poupée blanche.

Ces travaux ont été cités dans l'arrêt Brown v. Board of Education de la Cour suprême américaine en 1954. Des réplications plus récentes, dont une menée en 2010 pour CNN sous la direction de la chercheuse Margaret Beale Spencer, ont retrouvé des tendances comparables.

Un enfant n'a pas besoin qu'on lui explique une hiérarchie pour l'intégrer. Il lui suffit de regarder ce qu'on fabrique, ce qu'on met en vitrine, ce qu'on met en couverture.

Les quatre endroits où ça se joue

Les livres

C'est le plus facile à corriger. Un enfant relit dix fois le même album : trois ou quatre livres miroirs bien choisis pèsent plus qu'une bibliothèque de vingt titres feuilletés une fois.

Attention à un piège : si les seuls livres où ton enfant se voit parlent d'esclavage, de ségrégation ou de racisme, le message reçu est que sa vie est un problème. Il lui faut aussi des histoires où un enfant noir fait du vélo, se dispute avec son frère, rêve d'être vétérinaire.

Trois miroirs pour commencer, selon l'âge :

  • Dès 3 ansles imagiers Little Nappy (alphabet, chiffres, couleurs, animaux, 11,50 €). Hashley, Rosa, Youssouf, Thusantini et Thomas y apprennent à compter comme n'importe quelle classe : aucun sujet grave, juste une école où ton enfant est dedans.
  • Dès 4 ansParce que tu es unique, 5 petites histoires du soir (15 €). Le format le plus efficace, parce qu'il se lit tous les soirs.
  • Dès 6 ansle Tome 1, Maman m'apprend à m'occuper de mes cheveux afro, bilingue français-anglais (24 €). Une héroïne qui n'aime pas ses cheveux, et une mère qui lui explique.

Les jouets

Une poupée ne dit rien, et c'est sa force. Elle ne fait pas la leçon : elle existe. Un enfant qui joue tous les jours avec une poupée noire aux cheveux afro (46 cm, dès 4 ans, 60 €) intègre sans qu'on lui explique que sa peau et ses cheveux sont normaux.

Un détail qui compte : beaucoup de poupées dites noires ont une peau foncée et des cheveux lisses. Ce n'est pas la même chose, et les enfants le voient. Le même raisonnement vaut pour la tête à coiffer aux cheveux crépus (dès 5 ans, 49,99 €) : l'enfant s'entraîne sur une texture qui est la sienne, pas sur une perruque lisse.

Les écrans

C'est là qu'ils passent le plus de temps, et c'est souvent le plus pauvre. Un héros, pas un personnage secondaire : regarde qui décide, qui parle, qui résout le problème.

L'école

Tu ne choisis pas les manuels, mais tu peux demander. Une médiathèque accepte les demandes d'acquisition : c'est gratuit, c'est un droit, et les bibliothécaires y répondent souvent favorablement.

Les enfants métis : un angle mort dans l'angle mort

Quand une offre « diversité » finit par exister, elle s'adresse presque toujours à un enfant noir aux traits et à la peau très marqués. L'enfant métis, lui, ne s'y reconnaît pas complètement — et il ne se reconnaît pas non plus dans les livres où tout le monde est blanc. Il tombe entre les deux.

Ce qu'il vit est différent de ce que vit un enfant noir. Il n'est pas renvoyé à une case : il est renvoyé en permanence à ce qu'il n'est pas assez. Trop d'un côté, pas assez de l'autre, avec des compliments qui installent un classement (« tu as de la chance, tu as les beaux cheveux »).

Deux livres traitent le sujet frontalement :

Et parce que le colorisme traverse beaucoup de familles sans qu'on le nomme : Ma mélanine à moi, sur la beauté des peaux foncées, dès 5 ans (14 €).

Le sujet est développé ici : comment parler à un enfant métis de ses deux cultures.

« Ce n'est pas exagéré ? Un enfant, ça ne remarque pas. »

C'est la remarque qu'on entend le plus, et elle est fausse dans les deux sens.

Les enfants distinguent les couleurs de peau très tôt. Ce qu'ils n'ont pas, c'est le vocabulaire pour en parler. Alors ils observent, ils comparent, et ils tirent leurs propres conclusions — sans nous.

Le vrai risque n'est pas d'en parler trop. C'est de laisser un enfant se faire tout seul une idée de sa place.

Et les enfants blancs ?

Ils ont besoin de la même chose, dans l'autre sens. Un enfant blanc qui grandit avec des héros noirs, métis, asiatiques dans sa bibliothèque apprend que le monde est peuplé de gens différents de lui — et que c'est banal.

La représentation n'est pas un service rendu aux minorités. C'est une correction du décor pour tout le monde.

Par où commencer cette semaine

  1. Compte. L'étagère, les jouets, les dessins animés. Un chiffre vaut mieux qu'une impression.
  2. Ajoute trois miroirs. Trois, pas vingt. 3 à 6 ans ou 6 à 12 ans.
  3. Regarde qui est le héros. Pas juste qui est présent à l'image.
  4. Fais une demande à ta médiathèque. Ce sont les livres de tous les enfants du quartier.

À lire aussi : comment choisir un livre pour enfant noir, bien choisir une poupée noire et huit gestes pour l'estime de soi.

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